La Haute Gironde est l’un des 7 territoires-laboratoires sélectionnés dans le cadre du programme de recherche MARGINOV porté par l’UMR Passages et soutenu par la Région Nouvelle-Aquitaine.

La Haute Gironde, initiatives alternatives à l’ombre d’une centrale nucléaire

Le poids de la centrale nucléaire et de l’influence bordelaise

Vue depuis la métropole bordelaise, la Haute Gironde (ou Blayais) possède une image dévalorisée, étant considérée comme un territoire accumulant les handicaps (enclavement, précarité, pauvreté, etc.). Il est vrai que ce territoire situé aux confins septentrionaux du département de la Gironde entretient des relations historiques et culturelles plus fortes avec les Charentes (Saintonge et Poitou) qu’avec Bordeaux et le reste de la Gironde. La ville de Blaye a pourtant constitué jusqu’à la fin du XIXe siècle une porte d’entrée maritime et routière majeure et les marais situés à proximité immédiate des petits ports estuariens fournissaient alors Bordeaux en céréales en grande quantité. L’implantation de la centrale nucléaire du Blayais à la fin des années 1970 a constitué un événement majeur dans la dynamique territoriale récente. En 2015, avec l’intégration de l’ancienne région Poitou-Charentes dans la grande région Nouvelle-Aquitaine suite à la loi NOTRe, la Haute Gironde perd sa situation de confins pour devenir, tout au moins potentiellement, un nœud dans les relations entre Gironde, Charente-Maritime et Charente.

La construction, puis l’exploitation à partir de 1981, de la centrale nucléaire du Blayais, a profondément bouleversé le territoire local par les aménagements, les emplois, l’installation de travailleurs et la manne financière (taxe professionnelle et foncier bâti) qu’elle a procurés initialement à sa commune d’implantation Braud-et-Saint-Louis, puis à l’ensemble de la Communauté de communes de l’estuaire (CCE) créé en 1995 rassemblant les communes du canton de Saint-Ciers . Cette implantation a en effet conduit au désenclavement de certains villages en lien avec la mise en service concomitante de l’autoroute A10 (1981), la diversification des emplois avec l’essor d’activités industrielles liées à la centrale, l’apport de nouveaux résidents, la construction de lotissements pour les loger ou la création d’équipements de loisirs.

La communauté de communes de l’Estuaire apparaît aujourd’hui comme un pôle d’emploi local plus important que la sous-préfecture de Blaye et le sud de la Haute Gironde (le Cubzaguais) plutôt influencé par la proximité de la métropole bordelaise et la présence d’une alternance domicile-travail. Si la vie économique semble se distinguer par l’importance de l’industrie nucléaire, c’est encore aujourd’hui un territoire fortement marqué par une agriculture variée principalement familiale qui se spécialise en fonction de la qualité des terroirs (viticulture, élevage extensif, céréaliculture et maraîchage).

En parallèle, les prix attractifs du foncier et de l’immobilier favorisent l’arrivée de nouveaux habitants par redéploiement de la périurbanisation de la métropole bordelaise. Toutefois, ce renouvellement de la population en lien avec l’éclatement des pôles de vies produit un développement inégal sur le territoire associé à une banalisation des paysages, une dégradation des milieux qui fragilise la qualité des cadres de vie. En conséquence, les décideurs et acteurs de la Haute Gironde peinent à initier des projets de territoires mobilisant les habitants et lui permettant de se distinguer au sein de la Gironde.

Une future coopérative habitante de paysage

C’est dans ce contexte que Gregory Epaud, paysagiste et doctorant en paysage, travaille à expérimenter des outils visant d’une part à créer des liens entre ces différentes initiatives et d’autre part à faire émerger des projets de territoires issus de la participation des habitants dans la Communauté de Communes de l’Estuaire et plus largement dans les territoires de la Haute Gironde et de la frange sud des Charentes. L’objectif étant de prendre le temps de constituer coopérative habitante ayant à charge les missions d’aménagement du territoire, du cadre de vie et de l’habitat. En s’appuyant sur les dynamiques de mobilisation collective locales, elle viendra explorer de nouvelles manières de faire en aménagement (outils, méthodologie, inventions réglementaires, etc.) en s’inscrivant dans un modèle d’économie solidaire et collaborative.

Cette coopérative sera un outil de développement local au service des acteurs locaux (habitants, associations, collectivités locales, professionnels…), un outil d’assistance à la maîtrise d’ouvrage, d’aide à la concertation, de maîtrise d’ouvrage, de maîtrise d’usage voire de maîtrise d’œuvre. Au final ce sera une structure de développement local à la convergence d’un territoire, d’un projet économique, d’une organisation démocratique développant une ingénierie territoriale. L’objectif étant de pérenniser une forme d’organisation alternative de collaboration entre les habitants et les institutions publiques locales.

Des initiatives alternatives isolées et peu visibles

La constitution du Pays de la Haute Gironde entre 1999 et 2003 a marqué un tournant dans le développement local avec la prise de conscience que de nombreuses ressources locales pouvaient constituer une source de développement socio-économique pour ce territoire. Si ce territoire de projet a été dissout en 2015, il a permis d’appuyer le développement des filières sylvicoles et agricoles locales (bois énergie, circuits courts, etc.) et d’engager des démarches de valorisation des espaces naturels et du patrimoine historique. Ces démarches se perpétuent aujourd’hui à travers les cinq établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) du secteur. La communauté de communes de l’Estuaire partenaire de Marginov prend en charge spécifiquement le volet projet alimentaire de territoire.

En parallèle de cette prise de conscience par les décideurs, les mondes agricoles et associatifs locaux forment un terreau local favorable à l’existence de manières alternatives d’habiter, de socialiser ou de gérer le paysage et les environnements. Les marais du Blayais accueillent une mosaïque d’usages très variés : élevage biologique, chasse, pêche, pratiques de loisir dans les discrets carrelets familiaux, mais aussi grande culture céréalière ou maraîchère côtoient des pratiques de préservation des écosystèmes avec plus ou moins de frictions. La Haute Gironde voit aussi se développer un tissu associatif dense grâce à un bénévolat actif : nombreux festivals musicaux, Cafés associatifs intergénérationnels, Jardins partagés, etc. Enfin, le monde agricole local évolue avec la montée en puissance des systèmes de commercialisation en circuit court des produits de l’élevage ou du maraîchage, la transition vers l’agriculture biologique comme c’est le cas de la principale coopérative viticole du secteur : la coopérative de Tuttiac. Toutefois, ces différentes actions locales demeurent isolées. 

Les partenaires :
  • Enseignement supérieur et recherche : ENSAP Bordeaux, UMR Passages
  • Institutionnel : Conseil départemental de Gironde, Communauté de communes de l’Estuaire
  • Société civile et acteurs économiques : Association 4L jardin
L'équipe scientifique :

Gregory Epaud, Alexandre Moisset

Pour approfondir :
  • Epaud G., 2021, Projet alimentaire de territoire et coopérative habitante de paysage en Haute Gironde. Norois [article sous presse].
  • Huot, A., 2015,  Étude préalable à la mise en place d’une politique d’accompagnement des agriculteurs au sein de la communauté de communes de l’Estuaire-Mémoire de fin d’études pour l’obtention du titre d’Ingénieur de Bordeaux Sciences Agro (spécialisation Gestion Durable des Territoires Ruraux). Accès restreint
  • Lafaye F., 1994, Une centrale pas très… nucléaire. Revendications territoriales et processus identitaires lors de l’implantation de la centrale nucléaire du Blayais à Braud-et- Saint Louis. Anthropologie sociale et ethnologie. Université de Nanterre – Paris X, 1994. Français. ⟨tel-00286639⟩
  • Meyer T., 2017, Le nucléaire et le territoire : regards sur l’intégration spatiale des centrales en France, Géoconfluences [en ligne : URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/eclairage/nucleaire-territoiresfrance]

Actions d’accompagnement des démarches innovantes du territoire

Carte des démarches accompagnées par Marginov

Les actions d’accompagnement dans le processus d’innovation socio-spatial

Identifier les ressources et initiatives du territoire

Susciter des échanges entre acteurs

 

expérimenter à partir de chantiers collaboratifs

 

Structurer  et Pérenniser démarches et actions